Waterlol Comedy Festival : quand la mécommunication conduit à la tragédie !

Mardi 18 décembre, en pleine cérémonie des LOBBY AWARDS 2018 à Bruxelles, Gérard Pullicino, créateur du Waterlol, a subrepticement fait une révélation

Récompensé par le prix Leader Béwé de l'année, il monte sur scène et, répondant à une question du présentateur de la soirée, il glisse, l'air de rien et calmement comme à son habitude, que "la deuxième édition du Waterlol Comedy Festival était la dernière."

Juste avant la soirée des LOBBY AWARDS 2018 (voir article ici), nous avions rencontré Gérard Pullicino, initiateur du Waterlol Comedy Festival, et Pierre Sarazin, producteur délégué de l'événement, au Bozar Café Victor. Ils nous avaient confié en exclusivité et à notre surprise qu'ils arrêtaient l'organisation de leur festival à Waterloo.

Demande de subsides

Voici ce qu'ils nous ont déclaré en substance ce mardi 18 décembre vers 18h45 :

Gérard Pullicino et Pierre Sarazin DSC_0087.jpg

Pierre Sarazin et Gérard Pullicino

"Début novembre, à notre demande, nous avons été reçus par la bourgmestre Florence Reuter et l'échevin de la culture Yves Vander Cruysen. Nous voulions avoir une visibilité sur trois ans pour pouvoir attirer un gros sponsor. En cours de réunion, à notre étonnement, la bourgmestre nous a dit qu'elle n'aime pas l'humour, que Jean-Marie Bigard est vulgaire et que nous avions de la chance que la commune ne nous facture pas l'occupation du parking par le chapiteau. Ayant déjà investi personnellement 1,2 million d'euros pour les deux premières éditions du festival, nous avons expliqué que Gérard Pullicino ne pouvait pas continuer éternellement sans le soutien des pouvoirs publics. La bourgmestre et l'échevin nous ont proposé de préparer un dossier de demande de subsides à destination de la province du Brabant wallon. Comme nous projetions d'introduire une demande initiale de 200 000 euros, on nous a répondu que l'arrêt du festival du rire de Bierges, soutenu financièrement par la province, devrait permettre d'obtenir un subside. Quelques jours plus tard, nous avons transmis un dossier à Yves Vander Cruysen  pour avoir ses commentaires. Le dossier a été transmis tel quel au député provincial Tanguy Stuckens en charge de la culture. Sans même nous recevoir, celui-ci a répondu à Yves Vander Cruysen qu'il n’y a pas de disponibilités budgétaires à la province à la hauteur des espérances pour ce type d’événement. Il y a 15 jours, nous avons donc pris la décision d'arrêter notre festival à Waterloo et de le déplacer ailleurs, p. ex. à Mons et/ou Valencienne. Nous avons aussi des contacts avec Bruxelles et Namur."

Dans la nuit de mardi à mercredi, au retour des LOBBY AWARDS, nous avons interrogé par e-mail Florence Reuter, Yves Vander Cruysen et Tanguy Stuckens. Leurs réactions sont à lire plus bas.

"Tolérés, pas considérés"

Pierre Sarazin B9712268245Z.1_20170610163309_000+G5497RL7H.2-0.jpgDans l'intervalle en effet, le producteur délégué de Waterlol, Pierre Sarazin, a complété ses commentaires : "Par rapport au Montreux Comedy Festival, la référence indiscutable des festivals d'humour francophone, Waterlol fonctionne avec un budget cinq fois moins élevé. A Montreux, la place la moins chère coûte 53 euros tandis qu'à Waterloo, elle revient à 25 euros. Et surtout, en deux ans, le Waterlol Comedy Festival a atteint 80% de la fréquentation du Montreux Comedy Festival. Enfin, il faut savoir que le financement de la plupart des festivals est assuré par trois sources : 1/3 par la billetterie, 1/3 par les sponsors et 1/3 par les pouvoirs publics. En deux éditions du Waterlol, il n'y a pas eu de financement public contrairement p. ex. au VOO Rire de Liège (VOO étant une marque de Nethys, filiale de l'intercommunale liégeoise Publifin récemment rebaptisée Enodia) ou au Festival du rire de Bastogne soutenu par la ville. Pendant la durée de notre événement, nous avons pris en charge la sécurité dans l'enceinte, dont coût 27 000 euros. On nous a même facturé la navette gratuite qui a transporté zéro passager entre le Bix et le centre-ville. Les commerçants, dont le chiffre d'affaires n'a apparemment pas diminué à cause des places de parking occupées par le chapiteau, n'ont pas été fort proactifs dans la distribution des invitations gratuites au Tomorrow LOL. Oui, nous avons effectivement demandé un subside de 200 000 euros mais entre 0 et 200 000 euros en deux ou trois ans, il y avait de la marge pour discuter. Cela n'a pas été le cas. Habitant Waterloo, Gérard Pullicino est un réalisateur réputé de nombre d'émissions pour la télévision française à qui Johnny Hallyday autrefois, Céline Dion ou Madonna parlent avec respect. A Waterloo, nous avons le sentiment d'être tolérés, pas considérés." 

Pas de budget communal supplémentaire

Florence Reuter DSC_2235.jpgA la suite de notre e-mail nocturne, la bourgmestre nous a envoyé la réponse suivante : "Lorsque j'ai rencontré les organisateurs du Waterlol Comedy Festival il y a quelques semaines pour évoquer une possible troisième édition de ce festival, ceux-ci m'ont fait part de "leurs difficultés à rentrer dans leur frais" (je cite). Je leur ai alors expliqué très clairement que la Commune était prête à consentir les mêmes nombreuses aides logistiques que celles fournies lors des deux éditions précédentes (partenariat pour la mise à disposition du terrain, stewards d'accueil, agents de sécurité, coordination des bénévoles, navettes pour libérer du parking…) mais qu'il nous était malheureusement impossible d'engager le moindre budget supplémentaire pour cet événement. D'autant plus que la fréquentation des Waterlootois (moins de 10% selon le dernier rapport reçu) - aspect important à mes yeux - y est très faible. Lors de cette discussion informelle, j'ai suggéré aux organisateurs d'éventuellement s'adresser à la Province, sponsor potentiel de ce genre de manifestation, évidemment sans jamais m'engager à ce sujet. Quant à la raison du refus de la Province, je ne peux répondre à sa place, mieux vaudrait donc voir avec ses représentants en direct. Avant ton e-mail, je n'ai d'ailleurs plus reçu la moindre nouvelle officielle de la part des organisateurs du Waterlol concernant la tenue ou non de ce festival. D'autre part, je tiens à préciser que mon opinion et mes goûts personnels n'interfèrent jamais dans mes décisions concernant la Commune, dans quelque domaine que ce soit. Je m'attelle chaque jour à faire la part des choses. L'intérêt de Waterloo et ses habitants est mon unique préoccupation. Enfin, en ce qui concerne l'humour, "Vouloir le définir, c'est prendre le risque d'en manquer" (Guy Bedos), loin de moi pareille entreprise…"

"Etonné et très déçu"

Yves Vander Cruysen DSC_2161.jpgDe son côté, l'échevin waterlootois de la culture Yves Vander Cruysen s'est montré "étonné d'apprendre cela. On a eu une réunion très constructive avec les organisateurs du festival il y a moins d’un mois. J’ai bien transmis le dossier à Tanguy Stuckens et Florence Reuter en a parlé à Mathieu Michel (NDLR : président du Collège provincial). Les organisateurs demandaient une intervention provinciale de 200 000 euros, une somme qui n’a jamais été donnée à qui que ce soit. Et j’ai appris, alors qu'on était encore en discussion avec la province pour voir ce qu elle était prête à mettre, que Waterlol était en discussion avec la ville de Mons. Celle-ci m’a d’ailleurs interrogé sur notre relation avec l’équipe de Waterlol. C’est toi qui m’a appris qu'ils avaient décidé de quitter Waterloo. Ils ne m’ont même pas contacté ou prévenu, ce qui est tout de même choquant par rapport à tout ce que j’ai fait pour eux. Je suis très déçu."

"Le Brabant wallon ne servira pas de bouc émissaire"

Tanguy Stuckens DSC_2020.jpgLe député provincial en charge de la culture, le Waterlootois Tanguy Stuckens, a commenté comme suit l'arrêt brutal et inattendu de Waterlol : "Je tombe un peu des nues. La Province du Brabant wallon n’a jamais été sollicitée par les organisateurs du Waterlol ni par la Commune de Waterloo lors des éditions 2017 et 2018. C'était d’ailleurs une source de fierté d’avoir un festival d’envergure ne nécessitant pas d’apport financier des pouvoirs publics. A ce jour, les organisateurs du Waterlol n’ont jamais pris contact avec moi ou avec le service culture de la Province. Je vois donc mal comment j’aurais pu marquer un désintérêt ou un refus sur une demande qu’ils ne m’ont pas adressée. Cependant, début novembre, l’échevin de la culture (NDLR : de Waterloo) m’a fait part du fait que les organisateurs du Waterlol souhaitaient pour l’édition 2019 un soutien financier de l’ordre de 200 000 euros, soit 10 fois notre soutien au festival du rire de Bierges. Sans préjuger d’une décision sur le fond par le Collège ou le Conseil provincial, j’ai simplement indiqué que le budget 2019 étant bouclé et voté, de tels budgets n’étaient pas disponibles à ce stade. Je suis particulièrement fâché que le Brabant wallon soit évoqué, voire accusé, dans un dossier pour lequel nous n’avons jamais été concertés ni même contactés. Je trouve la démarche malhonnête et le Brabant wallon ne servira pas de bouc émissaire pour justifier de la fin du WaterlolEn 6 ans je n’ai jamais vu ou instruit de dossier via des intermédiaires, quelles que soient leurs qualités. Tout demandeur doit adresser une demande en bonne et due forme à l’administration ou à un membre de l’exécutif provincial. Ce ne fut pas le cas ici. En conséquence, nous n’avons répondu ni positivement ni négativement à une demande dont je considère ne pas avoir été saisi. Par ailleurs, si la commune de Waterloo avait voulu que la Province intervienne pour sauver ce festival, je suppose qu’elle se serait mobilisée autrement."

Tout a été dit et reproduit ci-dessus, à chacun de se faire une idée. Tanguy de Ghellinck, blogueur

Waterloo n'est pas dénuée de vie culturelle : oui il y a un excellent Waterloo Historical Film Festival ; oui il y a de divertissantes Boîtes de jazz, à images ou à cancan ; oui il y a de belles et intéressantes expositions aux Écuries et au musée Wellington ; oui il y a le programme varié de l'Espace Bernier ; oui il y a des chorales et des troupes de théâtre amateur de bon niveau ; oui il y a ... Mais reconnaissons - et ce n'est certainement pas une critique - que ces activités trouvent un public plutôt local.

Avec le Waterlol Comedy Festival, inventé et produit par un Français de Waterloo dont le professionnalisme et la réputation ne sont plus à faire dans la sphère de la télévision et du showbiz, la cité avait l'occasion de se faire connaître pour autre chose que la bataille de 1815 qui s'est à peine déroulée sur son territoire. L'occasion aussi d'acquérir une position visible dans le paysage culturel et humoristique de la francophonie belge et internationale.

Probablement que le montant initial des subsides demandés (200 000 euros) par les organisateurs du Waterlol a fait tiquer les autorités communales et provinciales. Mais Gérard Pullicino et Pierre Sarazin n'ont pas eu la possibilité d'exprimer qu'ils étaient ouverts à la négociation pour éventuellement diminuer ce montant ou l'étaler sur plusieurs années.

Observons en passant que, si le festival devait filer à Mons, cela démontrerait ab absurdo et de manière cocasse que cette ville, dont le revenu par habitant est inférieur au revenu moyen des Belges, et la province de Hainaut, la plus pauvre de Belgique, sont, elles, capables de trouver des financements pour ce projet.

En réalité, dans ce dossier, c'est la chaîne de communication qui a été bancale : respectant leurs contacts privilégiés avec la commune et la hiérarchie des institutions, les organisateurs du Waterlol ont suivi la proposition communale de rédiger une demande de subside et de la remettre à l'échevin waterlootois en charge. Ce dernier l'a transmise - à titre informel et officieusement - au député provincial compétent qui, lui, invoque que toute demande doit être adressée en bonne et due forme à l’administration ou à un membre de l’exécutif provincial.

Question : était-il impensable à ce moment de provoquer une réunion avec l'ensemble des intervenants pour mettre tous les éléments à plat sur la table en toute transparence et sans intermédiaire ?

Autre question : tous les intervenants politiques dans ce dossier font partie du MR : bourgmestre, échevin, député provincial et président du Collège provincial. Ceci aurait pu faciliter le traitement du dossier. Le "plouf" magistral de la demande de subsides à la commune et à la province, tant sur la forme que sur le fond, laisserait-il entrevoir des divergences et des frottements sur certains sujets entre les uns et les autres ?

Pendant les deux éditions du Waterlol Comedy Festival, on a invité des membres de notre famille à plusieurs spectacles, on y a attiré des amis personnels et des potes de nos enfants, on en a parlé dans le blog, on y a vu des artistes formidables et confirmés (Gregorio, Lemoine, Demaison, Bigard), des artistes sur la pente ascendante (Haroun, Viktor Vincent, Ripoll) et des humoristes belges qui percent (Vizorek, Guiz), on a ressenti l'ambiance festival qui commençait à s'installer. Bref, on était ouvertement et subjectivement fan de l'événement.

L'arrêt du Waterlol Comedy Festival marque la deuxième défaite française à Waterloo, bien malencontreuse cette fois.

Un constat : dans le futur, on parlera du Waterlol Tragicomedy Festival.

Un regret : on pleure de ne plus pouvoir rire aux larmes.

Une conclusion : celle du député provincial Tanguy Stuckens : "Si la commune de Waterloo avait voulu que la Province intervienne pour sauver ce festival, je suppose qu’elle se serait mobilisée autrement."

Un espoir : et si les différentes parties reprenaient langue...?

Snif... TdG 

3 commentaires Catégories : Culture et histoire, Evénements, SCOOP !, WIP - Waterloo's Important Persons Imprimer

Commentaires

  • C'est la culture qu'on assassine !

    Si madame Reuter a dit dit ce qu'on prétend qu'elle a dit, je renie mon vote du mois d'octobre pour Serge Kubla, pourtant bizarrement non-comptabilisé.

  • T. Stuckens dit : "je n’ai jamais vu ou instruit de dossier via des intermédiaires" MDR, Même pour le robot de S Kubla ? Pas beau de mentir.

  • Cher Tanguy de Ghellinck,

    Vous écrivez (sur fond jaune):
    "L'arrêt du Waterlol Comedy Festival marque la deuxième défaite française à Waterloo, bien malencontreuse cette fois."
    Pourquoi une défaite française ? Même la 'bataille de Waterloo' (1815) n'était pas une défaite française, mais celle de Napoléon Bonaparte !

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