Témoignage d'une aide-soignante en maison de repos : "On travaille avec la trouille au ventre !" (07 avril 2020)

Depuis quelques jours, la Belgique a l'air de prendre subitement conscience que le coronavirus se propage dans les maisons de repos

Ce damné virus contamine bien sûr le public fragile que sont les résidents âgés des maisons de repos et de soins (MRS) mais menace aussi le personnel soignant.

En sous-effectif chronique depuis des années, le personnel des maisons de repos et de soins est en outre confronté au manque d'équipements de protection.

C'est pourquoi nous relatons ici le témoignage poignant, lucide et réaliste d'Aline (prénom d'emprunt à sa demande), courageuse aide-soignante habitant à Waterloo mais prestant dans une MRS située dans une autre commune.

"Je travaille en maison de repos où les masques FFP2 sont rares. Nous avons reçu moins d’une centaine de masques pour faire face à l’épidémie. On utilise donc des masques chirurgicaux pour économiser les FFP2 et les garder quand c’est vraiment indispensable. Il faut savoir qu’un masque chirurgical a une durée de vie recommandée de 4 heures et que nous, pour les économiser, en utilisons un seul par journée de travail. Voilà notre réalité de terrain.

Nous avons des cas positifs tant parmi nos résidents que parmi mes collègues. On travaille avec la trouille au ventre. Il y a quelques jours, après mon travail dans la maison de repos, j’ai dû m’arrêter sur le chemin tellement je pleurais. Toujours pas de dépistage massif dans les MRS alors que ce serait plus facile tant pour le personnel que pour nos résidents de savoir qui est positif ou non.

On a choisi notre métier, c’est vrai, et on le fait avec le coeur. Mais on n’a pas choisi de risquer sa vie ni celle de nos proches par manque de volonté politique pour nous donner les moyens de soigner la population en toute sécurité. Quand cette crise du coronavirus sera passée et que nous descendrons dans la rue pour crier toute cette colère qui gronde en nous depuis plusieurs semaines, j'espère que les Belges se souviendront de leurs héros et seront à nos côtés dans la rue pour nous soutenir.

Ce qui est révoltant, c’est que les maisons de repos sont les laissées-pour-compte des soins de santé et et que leur personnel est considéré comme de la chair à canon. Une aide-soignante est décédée dans une maison de repos à Mouscron. Quel journal en a parlé ? Cela ajoute au fait que le personnel soignant des MRS se sent abandonné. D'un autre côté, la pauvre infirmière flamande qui a perdu la vie dans un hôpital a fait les titres des journaux. 

Chez nous, il y a beaucoup de tension car la crise est dure à encaisser. Notre équipe est bien soudée et se sert les coudes même si de nombreuses questions restent toujours sans réponses : p. ex. quand y aura-t-il un dépistage massif des résidents et du personnel dans les MRS ? Ça nous permettrait d’isoler les cas positifs, de les rassembler pour pouvoir mieux nous organiser.

En ce qui me concerne, le plus dur, c’est la charge mentale liée à la propagation du Covid-19. En tant que soignant, il faut en permanence réfléchir à ses gestes pour "éviter d’en mettre partout". Pour m’aider, je visualise le virus sous forme de paillettes que je ne dois déposer nulle part. Se protéger soi-même et protéger les autres sans relâche, c’est épuisant au bout de la journée."

Devant votre courage, votre conscience professionnelle, votre abnégation et votre persévérance, il n'y a pas assez de mots, Madame, pour exprimer notre respect et notre reconnaissance, pour vous soutenir de toutes nos forces et vous remercier infiniment. Tanguy de Ghellinck, blogueur Sudinfo Waterloo

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