Lockdown party : rixe démentielle entre la police et une famille de Waterloo ! (+ témoignage et vidéo de 8') (22 décembre 2020)

Samedi tard, la publication stupéfiante d'un médecin waterlootois sur Facebook a mis le feu sur les réseaux sociaux

Le docteur Jean Laurent Veys s'est senti obligé de relater sa visite de samedi à une famille waterlootoise dont les parents ont trois enfants et qui avait fait appel à lui à la suite d'une intervention policière qui a mal tourné.

Son médecin habituel ne répondant pas et sur les conseils d'une relation, la famille waterlootoise Simonis-Grosjean a appelé le docteur Veys pour constater des lésions subies par certains de ses membres. Et ce qu'il a vu l'a amené à publier ceci sur Facebook samedi peu avant minuit :

Police_Intervention publiée sur FB  le 19_12-2020  à 23h58.JPG

Nous avons tenté de téléphoner au docteur Jean Laurent Veys mais il avait coupé son téléphone mobile et n'a pas répondu à notre message sur sa boîte vocale.

La police de Waterloo en renfort

Sans réponse à nos e-mails envoyés à la bourgmestre de Waterloo, qui a autorité sur la police pour les missions de police administrative, et au chef de corps Michel Vandewalle, nous avons pris contact avec ce dernier dimanche matin. "Avant tout, il faut savoir que, dans cette affaire, les policiers de Waterloo et de Braine-l'Alleud ne sont venues qu'en renfort de la police de la zone La Mazerine. Pour le reste, je ne ferai aucun commentaire d'autant que je n'ai pas vu le PV rédigé par la zone de police de La Mazerine.  Le procureur du Roi devrait organiser une conférence de presse ce dimanche vers 15 heures."

"Une fête d'une dizaine de personnes"

Dimanche après-midi, l'agence Belga a repris les propos du parquet du Brabant wallon selon lesquels "un contrôle Covid a mal tourné vendredi soir, faisant plusieurs blessés. (...). Une fête rassemblant une dizaine de personnes se déroulait dans une habitation à Waterloo. Lors du contrôle domiciliaire opéré en accord avec le parquet brabançon, le propriétaire de la maison s'est rebellé, tout comme sa conjointe et leurs enfants. Des coups ont été portés aux policiers qui ont été blessés sans se trouver en incapacité de travail."

La famille Simonis, dans la propriété de laquelle se sont déroulés les faits, est composée du père Jérôme, de la mère Valérie Grosjean et de leurs trois enfants : deux filles de 19 et 13 ans et un fils de 16 ans. Jérôme dirige l'agence de communication Black is Blue.

De nature enthousiaste et expansive, Valérie collabore avec son mari et a relancé en mars 2019 La Ruche qui dit oui ! (une communauté locale qui rapproche consommateurs et producteurs) de Waterloo dont nous avions parlé dans un article ici. C'est son visage ensanglanté qu'on voit sur la vidéo impressionnante déjà vue deux millions de fois (!) sur les réseaux sociaux.

Le père de famille raconte

Police Simonis 7 Capture.JPGNous nous sommes entretenus longtemps dimanche soir avec Jérôme Simonis dont voici la version des faits : "Vendredi soir, ma femme et moi sommes revenus peu avant 22 heures dans notre maison à Waterloo. S'y trouvaient nos trois enfants et cinq de leurs amis qui n'avaient aucun intention d'organiser une lockdown party. Je leur ai rappelé qu'ils ne pouvaient pas se réunir en raison des règles anti coronavirus mais ils vivent, quoi ! Vers 23 heures, des policiers se sont présentés chez nous sans mandat et nous leur avons refusé l'accès de la maison. Une demi-heure plus tard, neuf véhicules de police sont arrivés, gyrophares clignotant, avec 18 policiers en provenance de trois zones de police : La Mazerine, Waterloo et Braine-l'Alleud. Ils m'ont montré un document que je ne suis pas parvenu à lire."

Police Simonis 1 Capture.JPG

"Ma femme s'est mise à filmer l'intervention de la police, poursuit Jérôme Simonis, dont une policière qui a voulu lui prendre son smartphone. Valérie a été violemment plaquée au sol et menottée par deux policiers avec pour conséquences le nez et une dent cassés et deux yeux au beurre noir. Elle a aussi perdu connaissance pendant un moment. Quand j'ai voulu intervenir pour l'aider, je me suis fait à mon tour plaquer au sol avec quatre policiers sur moi dont un m'a gazé avec un spray au poivre pendant qu'un autre sortait et armait son arme. Notre fils de seize ans a bousculé un policier pour sauver sa maman. Les policiers ont retrouvé deux des cinq amis de nos enfants."

"Mon fils et moi avons été emmenés dans des cellules de la police de la zone de La Mazerine avant d'être rejoints par Valérie après des soins à l'hôpital de Braine-l'Alleud. J'étais torse nu et sans couverture dans le froid de la cellule tout en étant aveugle pendant plusieurs heures à cause du gaz au poivre, ce qui est angoissant. Quant à notre fille aînée, qui a aussi voulu intervenir en notre faveur, elle a été emmenée dans une cellule du commissariat de Waterloo. Nous suspectons une personne du voisinage, à qui nos activités liées à La Ruche qui dit oui ! déplaisent, de nous avoir dénoncé à la police. Nous sommes convoqués devant le tribunal en procédure accélérée pour rébellion non armée en groupe, coups et blessures aux forces de l'ordre et non respect des mesures Covid. De notre côté, avec notre avocat, nous pensons introduire aussi une action en justice pour violences et abus de pouvoir."

Le père de famille conclut : "Le respect des personnes a été grandement bafoué par les policiers présents. Leur réaction a été disproportionnée par rapport aux faits. On a été traité comme des djihadistes. Il y a eu abus de pouvoir et violence de la police."

"Gifle violente"

Au journal télévisé de la RTBF, le procureur du Roi du Brabant wallon, Marc Rézette, donne d'autres informations : "la mère de famille, qui filmait les policiers, s'est approchée très près d'une policière qui a mis sa main pour la remettre à distance et l'empêcher de filmer si près. À ce moment-là, la mère de famille lui a mis une gifle violente."

Voici une vidéo longue de plus de huit minutes qui semble être issue de la fusion de deux autres. Outre les images, les échanges verbaux entre les membres de la famille, les amis des enfants et les policiers méritent d'être écoutés attentivement :

 

 

La justice en marche

Lundi après-midi, la bourgmestre de Waterloo Florence Reuter a réagi par communiqué : "Les faits relèvent du procureur du Roi. En tant qu’autorité administrative, je n’ai pas à commenter les faits. Une enquête judiciaire est en cours à laquelle je serai très attentive. Sur la forme, je ne peux que regretter le manque de nuance sur les réseaux sociaux. Les informations sont répandues comme une trainée de poudre, souvent sans analyse ni vérification. Je ne peux qu’en appeler à la raison. Laissons la justice faire son travail avec rigueur, calme et sérénité." Affaire à suivre. Tanguy de Ghellinck, blogueur Sudinfo Waterloo

 

À tête reposée

Quelques jours après les faits, la publication du docteur Veys sur Facebook, la diffusion de la vidéo (2 millions de vues !) sur les réseaux sociaux et la diarrhée de commentaires et réactions en tous sens, essayons d'analyser et d'objectiver la situation et de poser certaines questions en dehors de la tempête médiatique.

Erreurs dans le post du docteur

Avant tout, en recoupant les témoignages et informations que nous avons reçus, il convient de corriger l'un ou l'autre point du message, non sollicité par la famille Simonis-Grosjean, du docteur Veys :

♦ ce ne sont pas les parents et leurs deux filles qui ont été enfermés dans les "cachots" de la police de Waterloo mais une seule fille

♦ la police de Waterloo, comme celle de Braine-l'Alleud, n'est intervenue qu'en renfort de la police de la zone de La Mazerine ((qui couvre les communes de Lasne, La Hulpe et Rixensart)

♦ après s'être présentée une première fois dans la maison située juste à la frontière avec Lasne, la police est ensuite revenue avec un mandat l'autorisant à pénétrer dans le domicile familial

♦ à son retour de l'hôpital Chirec de Braine-l'Alleud où elle a été soignée, la maman n'a pas été ramenée dans un "cachot" de la police de Waterloo mais dans une cellule de la zone de police de La Mazerine

♦ la plus jeune fille de la famille n'a pas été abandonnée seule dans la maison familiale

Last but not least, il y a cette assertion carabinée du docteur Veys selon laquelle "l'hôpital de Braine-l'Alleud est clairement en collusion avec la police de Waterloo", ce qui consterne le chef de corps de la police de Waterloo, Michel Vandewalle. On peut s'interroger aussi sur ce que pensent la direction et les médecins de l'hôpital Chirec de Braine-l'Alleud à propos de l'opinion de leur confrère Veys.

Ce qui est indiscutable

Quant aux faits eux-mêmes, à la vue des vidéos, il est indéniable :

♦ qu'en invitant des amis qui ne font pas partie de leur foyer, des enfants de la famille Simonis ont bien organisé une (petite) lockdown party, définie comme une réunion festive clandestine en période de confinement. Il s'agit indubitablement d'une infraction aux mesures anti coronavirus édictées par le gouvernement

♦ que la mère de famille, indignée par l'intervention policière et protégeant les siens, a nargué les policiers en les filmant longuement tout en commentant sa vidéo

♦ que les actions de placage, menottage et maîtrise des deux parents par plusieurs policiers simultanément sont brutales

Vérifications requises

Plusieurs questions précises sont à éclaircir dont celle-ci, essentielle en ce qu'elle aurait peut-être été l'élément déclencheur de l'enchaînement des réactions de la police, du père et du fils : la mère de famille a-t-elle giflé une policière après que cette dernière ait masqué et/ou pris son smartphone qui la filmait ?

Dans la vidéo, on entend en effet une voix de femme prononcer cette phrase : "Val (NDLR : Valérie) a foutu une tarte à un collègue". Une des filles de la maison dit aussi : "Tabasser une mère devant la fille mineure de 11 ans, c'est quoi, c'est pas une question de pouvoir ? Parce qu’elle a mis une petite baffe ?"

Mais ces deux femmes ont-elles réellement vu de leurs propres yeux la gifle qu'aurait donnée Valérie à un représentant des forces de l'ordre ? Ou c'est ce qu'on leur a dit ?

Autre question tout aussi importante : les réactions de la police ont-elles été (dis)proportionnées ou trop violentes par rapport aux gestes de certains membres de la famille ?

Enfin, il convient de lever cette incertitude : la maman s'est-elle retrouvée au sol et blessée toute seule ou à la suite de l'action de policiers ?

Questions sociétales

À la suite de cette affaire, une série de questions d'ordre plus général se posent, entre autres :

♦ Peut-on filmer les policiers en action et diffuser ces images non floutées ? En octobre 2019, le tribunal de première instance de Bruxelles a jugé que : "la divulgation de photographies de policiers dans l’exercice de leurs fonctions publiques est assimilable à la divulgation de photographies de personnes publiques. Les policiers sont des fonctionnaires qui exercent leur métier en contact avec le public et dans l’intérêt de celui-ci, très souvent sur la voie publique ou dans les lieux publics ".

Cependant, qu'en est-il de la prise et de la diffusion d'images de policiers en fonction non floutées, d'une part, dans un lieu privé, d'autre part ? Et quid des commentaires des auteurs et d'autres personnes concernant les images publiées ? Il faudrait mieux informer le public à ce sujet.

♦ En regardant les vidéos, on ressent que les policiers ne sont pas vraiment à l'aise face aux personnes qui les filment avec des smartphones. Ne conviendrait-il pas d'approfondir leur formation face à ce phénomène sociétal qui prend de plus en plus d'ampleur ?

♦ Le cocktail violence-sang-hystérie est difficilement supportable et ne devrait jamais avoir lieu dans des circonstances similaires.

♦ Selon le président du syndicat de police SLFP, 80 % des interventions policières dans les domiciles pour non respect des règles anti coronavirus sont initiées par des dénonciations.

S'il se confirme que c'est le cas pour l'affaire dont question ici, que penser de ce comportement ? Notre opinion est faite mais chacun jugera selon sa conscience...

Solidarité

La rixe insensée et la tension terrible entre la famille Simonis et la police dans la soirée du vendredi 18 décembre 2020 sont la conséquence évidente du mal-vivre croissant qu'éprouve la population en raison de l'application de règles restrictives pour combattre la pandémie.

Pour casser la dynamique contaminante du coronavirus, il n'y a pourtant pas d'autre salut, pour le moment, que de les respecter. C'est dur pour et dans tout le monde.

Indépendamment des éventuels fautes et dérapages commis par une et/ou les deux parties, on doit admettre que ce fut un soir noir pour cette famille waterlootoise sans histoire. Certains de ses membres souffrent encore de douleurs physiques mais tous ont subi un traumatisme psychologique considérable qui mettra du temps à s'effacer. On leur envoie un traîneau d'ondes positives et leur souhaite un bon rétablissement. Solidarité aussi avec les policiers touchés dans leur intégrité physique. TdG

 

| Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook | |  Imprimer | |