Les Grandes Conférences "Graffitiques"

Rencontre avec deux personnalités internationalement reconnues  en matière de défense des droits de l'homme 

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A l'occasion de la sortie récente des livres Faut-il juger George Bush ? de Reed Brody et L'éthique de la dissidence. Morale et politique étrangère aux Etats-Unis de Jean-Paul Marthoz, la librairie waterlootoise Graffiti a organisé le 27 octobre 2011 une rencontre avec les auteurs. En voici le compte rendu.

Surnommé The Dictator Hunter, l'avocat américain Reed Brody est conseiller et porte-parole à Bruxelles de Human rights Watch. Cette organisation indépendante basée à New York se profile en défenseur des droits de l'homme. Jean-Paul Marthoz est professeur de journalisme à l'UCL, essayiste et tient une chronique intéressante dans Le Soir.

Durant l'invasion de l'Irak en réaction aux menaces de Saddam Hussein et les opérations en Afghanistan après les attentats du 09/11, le gouvernement américain de George Bush a-t-il autorisé la torture ? Ce procédé est-il admissible dans le chef d'un Etat démocratique ? Telles étaient les questions au centre de la conférence. DSC09524.JPG

 Ne pas endommager le corps !

Selon Reed Brody et Human Rights Watch qui a déjà publié des rapports sur les atteintes aux droits de l'homme dans plusieurs pays, il semble avéré que l'administration Bush a autorisé l'usage de tortures comme le waterboarding (simulation de noyade), les chiens de garde agressifs, les positions douloureuses prolongées, l'enfermement dans une cage, ....

Pour s'affranchir des conventions de Genève qui protègent les prisonniers de guerre, l'administration Bush et ses juristes ont réinterprété celles-ci : un acte n'est pas considéré comme de la torture  si les organes du corps ne sont pas endommagés ! L'autre mesure pour empêcher que les prisonniers tombent sous la législation américaine, c'est la création par la CIA de prisons secrètes en Pologne, Lituanie, Roumanie, ....

La responsabilité pénale de hauts responsables américains, entre autres Donald Rumsfeld, Condoleezza Rice et surtout George Bush et Dick Cheney, semble engagée par rapport à la torture déclare Brody. Après son élection, le président Obama n'est pas parvenu à fermer Guantanamo. Il a en effet consacré son aura politique à d'autres thèmes, laissant le terrain aux Républicains pour ce qui concerne la fameuse prison et la torture.

Démocratie et politique étrangère

De son côté, Jean-Paul Marthoz constate que la justice internationale ne s'intéresse qu'aux dirigeants politiques de petits pays. Or, chaque société doit être jugée en fonction des normes qu'elle proclame. Il faut qu'il y ait cohérence entre la démocratie interne d'un Etat et ses pratiques de politique étrangère. Celle-ci ne peut être la négation de celle-là.

En demandant de juger Bush et ses ministres, Human Rights Watch témoigne d'un esprit démocratique proche de la révolution américaine. D'aucuns rétorquent que Bush tire la légitimité de ses décisions du simple fait qu'il est un président élu par une majorité de ses concitoyens. A ceux-là, le journaliste répond : Je n'ai pas une pas une conception purement mathématique de la démocratie. Celle-ci doit être assortie de valeurs.

Tout récemment nommé à la tête de la CIA, le général David Petraeus mène d'ailleurs un combat pour que l'US Army refuse la torture. Cette dernière remet en cause les puissance hard (armement) et soft (comportement correct des soldats US en phase avec les valeurs américaines) de l'armée. Respecter les normes fondamentales d'un pays n'est pas une marque de faiblesse. 

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  L'exceptionnalisme

Les Etats-Unis ont l'impression d'être une nation exceptionnelle, un don de Dieu. Ils pensent devoir apporter leur démocratie au reste du monde. A preuve, qui ne rêve de devenir américain ? J'appelle cela l'exceptionnalisme, explique Marthoz, un sentiment de supériorité qui conduit à vouloir dominer le monde. Et l'exceptionnalisme entraîne l'exemptionnalisme qui consiste à se soustraire à certaines obligations, p. ex. adhérer à la Cour pénale internationale. C'est la politique might is right, la force prime le droit.

L'individualisme étatsunien est une marque d'égocentrisme mais il signifie aussi : je suis seul et donc responsable. Les dissidents américains viennent du coeur de l'américanisme et sont dotés d'une grande cohérence intellectuelle et politique. Cela leur permet d'oser s'opposer au pouvoir, soutenu dans un premier temps par l'opinion publique, qui ne respecte pas les valeurs américaines. Ils estiment que critiquer son pays, c'est lui rendre honneur et service.

Reed Brody affirme que les analyses de Jean-Paul Marthoz l'empêchent d'être anti américain. Il confesse : J'envie vos petites querelles belgo-belges par rapport aux actuels débats politiques, culturels et moraux,  aux grandes fissures aussi de la société américaine. Alors que les médias européens l'ont reçu à propos de son livre sur le rapport de Human Rights Watch, Brody demeure interloqué par l'absence d'intérêt de la presse de son pays. Nada ! 

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 Une rue au nom de George Bush ?

Pourtant le rapport crédibilise l'idée de poursuivre George Bush qui a même annulé un voyage en Suisse par crainte d'être arrêté. La cible du livre est Barack Obama pour qu'il poursuive son prédécesseur. Le président actuel s'est cependant assez vite débranché de ses sympathisants et n'est pas en mesure d'agir conformément à ses positions pendant la campagne électorale.

Les procédés humiliants utilisés en Irak, à Guantanmo ou dans les prisons secrètes de la CIA ont généré un appel au djihad, à la lutte contre les USA devenus plus vulnérables. S'ajoute à cela que des interrogateurs américains confirment que les renseignements les plus valables ont été obtenus par des méthodes non violentes.

En conclusion de la soirée, Reed Brody signale qu'il existe des rues au nom de John F. Kennedy et de Franklin D. Roosevelt à Beyrouth. Il ajoute : Aujourd'hui, il est inconcevable qu'on baptise une rue du nom de George Bush ou même de Barack Obama. Pourquoi ? Poser la question, c'est y répondre.

Une fois de plus, Philippe Goffe, propriétaire de la librairie Graffiti, a réuni les ingrédients pour une soirée réellement intéressante. Ce n'est pas le moindre de ses mérites d'être parvenu à convoquer deux pointures ès droits de l'homme. Mais bon sang ! à ce rythme, qui seront donc les prochains invités de la probablement meilleure librairie indépendante du Brabant wallon ? TdG

Les photos de la rencontre sont ici ou dans la catégorie Albums photo à droite de la page. 

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Informations pratiques
Librairie Graffiti
Chaussée de Bruxelles 129 à 1410 Waterloo
Tél.: 02/354 57 96
Internet : www.librairiegraffiti.be
 
Faut-il juger George Bush ?, Reed Brody, Ed. André Versaille
L'éthique de la dissidence, Jean-Paul Marthoz,
Ed. Centre d'Action Laïque
Blog de Jean-Paul Marthoz :
http://blog.lesoir.be/lalibertesinonrien/ 
 
 

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