Des profs d'histoire européens repensent la bataille de Waterloo ! (+ album photo)

Un séminaire européen sur la bataille de Waterloo s'est tenu à Braine-l'Alleud les 13 et 14 février

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Dans le cadre du château du Cheneau, une cinquantaine de professeurs d'histoire ont participé au séminaire organisé par l'association européenne des enseignants en histoire Euroclio avec la contribution de l'ASBL Comité de Waterloo, de Waterloo 200 et de la commune hôte. Le thème : Enseigner 1815 : repenser la bataille de Waterloo à partir de perspectives multiples.

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Le château du Cheneau à Braine-l'Alleud

Des quatre coins du vieux continent

Pendant deux jours, un programme dense était proposé aux participants, dont l'auteur de ces lignes, provenant d'une vingtaine de pays du vieux continent : Chypre, Croatie, Grèce, Italie, Pays-Bas, République de Macédoine, Roumanie, Royaume-Uni, Russie, ... Etrangement, aucun Français n'était présent. Serait-ce dû à la langue anglaise utilisée pendant le colloque ? L'objectif du séminaire était d'analyser la manière dont la bataille de Waterloo et les guerres révolutionnaires et napoléoniennes sont enseignées en Europe.

Pluralité de points de vue 

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Bernard Snoy

Président du Comité de Waterloo (Comité pour les études historiques de la bataille de Waterloo), le baron Bernard Snoy a introduit les deux jours d'études : "La bataille de Waterloo s'est déroulée au cœur de l'Europe et constitue un tournant pour celle-ci. C'est plus qu'une bataille, c'est la fin de l'empire napoléonien et la dernière tentative de la France pour dominer l'Europe. Il convient de considérer la bataille à partir de perspectives multiples : 

  • britannique : renforcement du sentiment national, victoire contre la France et la tyrannie
  • allemande : victoire contre la France qui a humilié l'Allemagne mais aussi nostalgie des idéaux de la révolution française
  • française : défaite glorieuse, traumatisme (cf. la vision romantique de Victor Hugo sur la bataille)
  • hollandaise : fierté par rapport à la naissance du Royaume-Uni des Pays-Bas
  • russe : Waterloo, simple épilogue des guerres napoléoniennes, notamment en Russie

Qui est le vainqueur de la bataille de Waterloo ? Wellington, Blücher ? Napoléon aurait-il pu la gagner ? Notre appréhension de la bataille dépend aussi de ce qui s'est passé après : paix, indépendance, développement économique. Il existe encore des conflits en Europe mais ils sont désormais résolu à la table des négociations. L'Europe aujourd'hui, c'est la démocratie, les droits de l'homme et le progrès social à travers l'économie de marché."

Ateliers pointus

Après d'autres exposés sur les héritages des guerres françaises entre 1792 et 1815 et l'enseignement de la bataille de Waterloo et des guerres de la révolution française et de Napoléon, les professeurs se sont ensuite répartis entre quatre ateliers animés par des experts : 

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  • Utiliser les nouvelles technologies pour enseigner des événements et évolutions historiques majeurs
  • Pourquoi existe-t-il différents récits historiques sur un même sujet (ex. Chypre) ?
  • Parties lésées : Napoléon et Wellington
  • Les avancées de la médecine militaire entre 1792 et 1815

Visites sur le terrain 

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L'après-midi du premier jour fut consacrée à des visites sur le terrain : le champ de bataille, la butte du Lion et le Panorama avec les explications appréciées de trois Guides 1815, la ferme d'Hougoumont, dont la rénovation a été présentée de manière fort intéressante par l'architecte responsable, et le musée Wellington où le directeur Etiienne Claude, également grand organisateur du bicentenaire, a assuré lui-même la visite. 

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Le château-ferme d'Hougoumont en rénovation

Le groupe s'est ensuite rendu dans l'église Saint-Etienne au centre de Braine-l'Alleud. Au lendemain de la bataille, son bourgmestre a ordonné d'y transporter les (2000 ?) blessés français. "L'odeur était à ce point pestilentielle, déclare le curé de la paroisse, qu'on a dû enlever les fenêtres de l'église."

Une église hospitalière

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DSC_4513.JPGLe 21 juin 2015, une messe sera dite à Saint-Etienne et retransmise par la chaîne France 2. Selon le curé, "on y rejoindra le pape François qui explique que l'Eglise doit être comme un hôpital de campagne après la bataille pour soigner les blessés de la vie." Le même jour, l'église accueillera une reconstitution de l'hôpital de 1815. 

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Brainois baptisé à Saint-Etienne, le cardinal Mercier a incarné la résistance pendant la guerre 14-18, notamment par sa lettre pastorale Patriotisme et endurance dénonçant les exactions allemandes contre la population belge. A ceux qui lui conseillaient de ne pas trop s'exposer pendant l'occupation, le cardinal avait répondu : "Quand la prudence est partout, le courage n'est nulle part." 

Rendre à Braine-l'Alleud ce qui est à Waterloo ? 

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La maison communale de Braine-l'Alleud joliment illuminée

A l'invitation de la commune de Braine-l'Alleud, le groupe d'historiens européens s'est ensuite rendu dans la maison communale pour le dîner. Le bourgmestre Vincent Scourneau n'a pu s'empêcher de se lancer dans un monologue appuyé pour mettre en avant la place de Braine-l'Alleud dans la bataille de Waterloo : "Quasiment tout le patrimoine du champ de bataille se trouve sur le territoire de Braine-l'Alleud où, en outre, se sont déroulés les moments décisifs des combats." 

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A g., Vincent Scourneau, bourgmestre de Braine-l'Alleud

Les frontières communales du champ de bataille

Ses propos ont été étayés par Eric Meuwissen, historien et ancien journaliste de l'édition brabançonne wallonne du journal Le Soir. Celui-ci a voulu démontrer que "trois des cinq phases de la bataille se sont passées sur Braine-l'Alleud : l'attaque du château-ferme d'Hougoumont, les grandes charges de la cavalerie française qui arrivent sur Braine-l'Alleud et la charge finale de la Garde française". A la longue, la démonstration un peu forcée du duo en a fait (sou)rire, voire s'interroger, plus d'un dans l'assemblée.

La soirée de cette longue et riche journée s'est achevée au centre culturel de Braine-l'Alleud avec la projection d'extraits de films sur la bataille du 18 juin 1815 dont Waterloo (Italie-URSS, 1970) de Serguei Bondartchouk et Waterloo, l'ultime bataille (Belgique, 2014) de Hugues Lanneau (voir article 1, article 2 et article 3).

La dernière bataille romantique

La journée de samedi a commencé avec une présentation de l'historiographie de la bataille de Waterloo avec les contributions du professeur Bruno Colson de l'université de Namur et du Dr Russ E. Foster du Waterloo 200 Education Group. Bruno Colson : "Waterloo est la dernière bataille avec une dimension romantique avant la révolution industrielle et ses armes modernes comme les mitrailleuses. Avant, les soldats avaient encore une chance de survivre."

Des groupes de travail ont ensuite planché sur divers thèmes et présenté les résultats de leurs réflexions :

  • Créer un module d'enseignement sur les guerres révolutionnaires et napoléoniennes et la bataille de Waterloo (cas du programme Historiana d'Euroclio)
  • Comment développer la collecte de sources transnationales ?
  • Comment utiliser les outils numériques pour promouvoir la pensée historique ?

Après les conclusions et l'évaluation du séminaire, les professeurs d'histoire et les orateurs ont été conviés à un walking dinner offert par le Comité de Waterloo dans l'admirable château de Bois-Seigneur-Isaac (18e s.), propriété de Bernard Snoy. 

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Le château de Bois-Seigneur-Isaac de la famille Snoy

Le coût humain de l'Europe 

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Bernard Snoy accueille et remercie les participants

Pendant l'apéritif, celui-ci a remercié les organisateurs du colloque et les participants avant de lire un texte que lui avait fait parvenir Herman Van Rompuy, premier président permanent du Conseil européen jusqu'en novembre 2014 : "Napoléon avait une certaine idée de l'Europe et voulait la réformer mais le coût humain fut énorme. Hérodote disait : A la guerre, ce sont les pères qui enterrent leurs fils alors qu'en temps de paix, ce sont les fils qui enterrent leur père. Il a fallu la guerre de 1870 et les deux guerres mondiales pour que la raison prenne le dessus. La commémoration de Waterloo et de la première guerre mondiale est un devoir."

Entertaining dinner

Cette intervention à distance de Herman Van Rompuy clôturait un séminaire professionnel et enrichissant avant que les participants se détendent en dégustant un succulent buffet offert par le Comité de Waterloo. Tanguy de Ghellinck, blog Sudinfo Waterloo 

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L'album photo des activités du séminaire est ici ou dans la colonne de droite du blog.

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Commentaires

  • excellent compte rendu d'une journée d'étude et de visites réussies
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