L'écrivain Amin Maalouf à Waterloo : "Je ne crois pas au multiculturalisme, au patchwork de ghettos culturels"

Vendredi soir, l'ecellente librairie Graffiti avait invité ses clients lecteurs à rencontrer le renommé écrivain-journaliste-académicien Amin Maalouf

Les réservations pour la conférence ont été tellement nombreuses que la librairie Graffiti s'est adressée à la Chapelle musicale Reine Elisabeth pour l'accueillir, "ce que nous avons accepté avec grand plaisir", affirme Bernard de Launoit, président exécutif de l'institution musicale également sise à Waterloo.

Le studio Haas-Teichen de la nouvelle aile de Launoit de la Chapelle musicale fut donc bien utile pour recevoir les 240 participants à la rencontre. C'est la journaliste et libraire Sophie Creuz qui a intelligemment interrogé Amin Maalouf sur son dernier essai Le naufrage des civilisations tout en lui ouvrant le chemin pour s'exprimer sur d'autres thèmes.

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Ci-après quelques unes des paroles du Prix Goncourt 1993 :

"La fonction d'écrivain aujourd'hui n'est pas de donner un faux sentiment de tranquillité mais de rendre lucide.

Le monde évolue vers une sorte de jungle, les déchaînements identitaires continuent. Nous avons les techniques pour résoudre les problèmes mais il manque la prise de conscience.

Dans ma jeunesse, le Liban a connu une cohabitation entre les communautés et les religions que je n'ai plus jamais retrouvée ailleurs.

La région d'où je viens a des liens avec les tensions communautaires et les violences ailleurs dans le monde. Dans mon livre, j'ai voulu raconter et essayer de comprendre et d'expliquer. Ni rire ni pleurer ni haïr mais comprendre, a dit le philosophe Spinoza. Je cherche à comprendre le fossé entre l'évolution technique et l'évolution morale de l'humanité. C'est une chance extraordinaire d'avoir tout le savoir au bout des doigts mais comment élever les esprits pour que les gens puissent gérer le progrès ?

Le recul de l'universalisme me préoccupe. La démocratie doit être répandue car elle fait partie des valeurs essentielles destinées au monde entier.

Nous avons le sentiment d'être le fruit de la transmission verticale de nos ancêtres mais on oublie la transmission horizontale de nos contemporains.

Un pays qui devient homogène s'appauvrit sur tous les plans. Les minorités sont des pollinisateurs. Mais je ne crois pas au multiculturalisme, à un patchwork de ghettos culturels. Je crois dans une société où tous les citoyens sont traités de la même manière. J'appartiens au Liban, à la France, à l'Europe et ultimement à la nation humaine. Quand on vit dans un pays, il faut adhérer à celui-ci et l'adopter.

Ma préoccupation est la suivante : j'ai vécu une époque privilégiée et j'espère que mes petits-enfants vivront aussi une époque privilégiée."

Amin Maalouf a ensuite répondu à quelques questions de ses auditeurs avant de dédicacer aimablement ses livres que Graffiti avait pris soin d'amener à la Chapelle musicale. Une soirée éclairante. Tanguy de Ghellinck, blogueur Sudinfo Waterloo

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1 commentaire Catégories : Culture et histoire, Entreprendre - Immobilier, Evénements, Politique, Société - Mobilité - Humanitaire Imprimer

Commentaires

  • Bonsoir, Je suis l'auteur d'un livre qui se trouve à la Librairie Graffiti. Le livre s'intitule "Chronique d'une révolution presque parfaite" et raconte de l'intérieur familial la révolution de 2011 en Egypte, le pays de la maman de l'auteur des identités Meurtrières. Je voudrais envoyer mon livre à Amin Maalouf que je n'ai pas pu rencontrer lors de sa visite à Bruxelles. Peut-être disposez-vous de son adresse.... les éditeurs sont parfois un peu distraits... Merci. Régine Eskander

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