Saga Cultura à Waterloo (3/3) : le patron de Cultura Belgium s'exprime !

Pourquoi la chaîne de loisirs culturels et artistiques souhaite-t-elle s'installer à Waterloo ?

Il y a peu, nous avons relaté l'avis de la commune de Waterloo (voir article ici) et nous avons donné la parole à Redevco, propriétaire du site Place Richelle en rénovation lourde au centre de la commune (voir article là). Aujourd'hui, c'est le CEO (Chief Executive Officer) de Cultura Belgium, Jean-Luc Loubet, qui expose son point de vue et ses arguments.

Sudinfo Waterloo : Jean-Luc Loubet, est-ce que Cultura confirme sa volonté d'ouvrir un magasin à Waterloo sur le site Place Richelle ?

Jean-Luc Loubet : Cultura et Waterloo, c’est une vieille histoire ! Le site de la drève Richelle nous a été proposé pour la première fois en mars 2015 mais à l’époque, nous n’étions pas prêts pour l’international. Cultura a toujours eu un développement raisonné : moins de trois ouvertures de magasins par an en France en 20 ans, ce qui n’est rien au regard d’autres enseignes qui ouvrent plusieurs dizaines de magasins par mois, sans parler des pure players du web qui ne créent aucune valeur localement.

En octobre 2018, accompagnés par Redevco, propriétaire du site Place Richelle, nous avons présenté notre projet à madame Reuter et monsieur Grillmaier. Ceux-ci s’y sont montrés favorables. S’en sont suivis plusieurs échanges avec les services de la commune autour de la culture, de l’emploi et de l’urbanisme. A chaque fois, nous avons accepté tout ce qui nous était demandé. Nous avons alors signé un bail avec Redevco qui a déposé un nouveau permis socio-économique le 4 février 2019 pour permettre un changement d’activité et l’exploitation de l’espace par Cultura.

L’enquête publique, accessible à tous du 26 février au 12 mars 2019, est restée vierge de tout commentaire. La commune a émis un avis favorable sur l’arrivée de Cultura lors du collège communal du 19 mars 2019. L’Observatoire du commerce a également émis un avis favorable le 19 mars 2019, séduit notamment par la dynamique commerciale proposée et le volet social du projet. Le magasin Cultura de Waterloo, c’est en effet une équipe de 34 collaborateurs en CDI dont 32 à temps plein. Cultura est également attachée à la formation permanente de ses collaborateurs et à leur évolution au sein de l’entreprise. 

Dans le même temps, fidèles à notre projet d’accession à la culture pour le plus grand nombre, nous avons noué des contacts avec des acteurs culturels locaux qui ont également été séduits par notre projet et avec qui nous étions en train de finaliser des partenariats.

SW : Quels sont les réactions et commentaires de Cultura face à l'opposition des autorités waterlootoises ?

JLL : Compte tenu de tous ces éléments, nous avons été fort surpris par le brusque changement d’avis de la commune et son intervention tardive auprès du fonctionnaire aux implantations commerciales qui au final a refusé le permis à Redevco. Nous restons malgré tout ouverts et avons rencontré Monsieur Grillmaier fin juin pour faire un point avec lui sur le dossier.

SW : Que pensez-vous de l'argument indiquant que votre arrivée à Waterloo mettrait en péril l'existence d'une quinzaine de commerces dans la zone de chalandise ?

Cultura thumbnail_Cultura rayon Livre.jpg

JLL : Le principal concurrent de ces commerçants n’est pas Cultura mais Internet qui, rappelons-le, ne crée aucune valeur localement. Au contraire, Cultura, par son attractivité forte, va renforcer le dynamisme du centre-ville de Waterloo.

Le concept Cultura, qui réunit dans un même magasin une offre large de produits de loisirs culturels et artistiques, permet de faire découvrir à ses visiteurs de nouvelles activités auxquelles ils n’auraient pas spontanément pensé. Ainsi, quelqu’un venu chercher un livre pourra découvrir les loisirs créatifs ou une personne passionnée par l’aquarelle pourra s’essayer à la pratique d’un instrument de musique. Ce cercle vertueux au final profite encore une fois à tout le monde.

Cultura ne s’accapare pas le marché lorsqu’il arrive dans une zone de chalandise mais le développe car nous sommes sur un marché d’offre. La profondeur de gamme proposée permet aux uns et aux autres l’accès à des techniques mais aussi des œuvres ou des ouvrages qui ne sont pas accessibles sur de petites surfaces. L’offre éditoriale est telle qu’il y a de la place pour tous. Les éditeurs et fournisseurs qui travaillent avec Cultura le savent bien.

Rappelons également que nombre des commerçants qui ont exprimé des craintes appartiennent eux-mêmes à des chaînes toutes beaucoup mieux implantées que Cultura qui ne dispose à l’heure actuelle d’aucun magasin en Belgique ! Rappelons enfin que j’ai proposé à la commune, avec son arbitrage, de rencontrer ces commerçants afin d’évoquer au cas par cas leur situation et les synergies possibles. Cette proposition est restée lettre morte à cette heure.

Cultura thumbnail_Cultura rayon Musique.jpg

SW : Non seulement certains commerces craignent l'arrivée de Cultura à Waterloo mais aussi des écoles/ateliers d'art de la scène (chant, danse, ...). Que pouvez-vous leur dire ?

JLL : Ces craintes sont injustifiées. En France, nous accueillons dans nos magasins et soutenons de nombreuses associations et écoles d’art. A Waterloo, nous avons été contactés par une école de musique qui enseigne à plus de 350 enfants et qui manque cruellement d’espace. Nous lui avons présenté notre concept et notre projet et nous avons convenu de mettre à sa disposition des salles d’académie pour répondre à ses attentes après avoir modifié nos plans en fonction de ses contraintes. Cette école a très vite identifié les bénéfices d’un tel partenariat pour son école et les centaines de familles qu’elle accompagne. Nous nous tenons à la disposition de toutes les associations, académies et écoles d’art pour les rassurer et évoquer ensemble les partenariats possibles.

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SW : Parmi ses 30 000 habitants, Waterloo compte environ 6000 étrangers (anglophones, scandinaves, néerlandophones, ...). Le magasin Cultura de Waterloo offrira-t-il des articles qui leur sont destinés ? De quels types ?

JLL : Notre entreprise se veut résolument ouverte au monde et à sa diversité culturelle et c’est d’ailleurs le sens de notre arrivée en Belgique. Il est donc naturel que nous adaptions notre offre aux besoins de la clientèle locale. Outre une offre éditoriale multilingue, nous travaillons à la traduction de nos packagings en anglais et néerlandais. Nous sommes également à l’écoute des tendances et des besoins des clients qui fréquenteront notre magasin de Waterloo afin de répondre au mieux à leurs attentes.

Nous avons également la volonté d’enrichir chaque client du meilleur du monde dans chacun de nos métiers tout en étant engagés dans la vie locale.

SW : Cultura va-t-elle aller jusqu'au bout en usant également de tous les recours possibles pour s'installer à Waterloo ? Avec quels arguments ?

JLL : Nous rappelons qu’à Place Richelle, Cultura n’est que locataire et que c’est le bailleur Redevco qui est à la manœuvre. Nous soutenons bien sûr son initiative car il n’est dans l’intérêt de personne de voir une friche commerciale s’installer au cœur de la commune de Waterloo. Rappelons que cette dernière s’appuyait notamment sur cet argument pour remettre son avis favorable en mars dernier.

SW : Si c'est impossible à Waterloo, où envisagez-vous d'ouvrir votre premier magasin (et d'autres ?) en Belgique ?

JLL : Nous restons malgré tout confiants quant à cette première ouverture à Waterloo et les nombreuses réactions positives à l’annonce de notre arrivée en Belgique nous confortent dans la pertinence de ce choix.

SW : Quels sont les liens familiaux et/ou capitalistiques entre Cultura et le groupe familial français Mulliez (Auchan, Decathlon, Pimkie, Leroy Merlin, Kiabi, Auto 5, Boulanger, etc) ?

JLL : Je ne peux que reprendre ce qui a été écrit il y a une quinzaine de jours dans la presse économique belge, à savoir que si le président de Cultura est apparenté par alliance à la famille Mulliez (NDLR : le président-fondateur de Cultura Philippe Van Der Wees est marié avec Murielle Mulliez), il n’y a aucun lien capitalistique entre les deux entités. Il a toujours veillé à conserver une totale indépendance financière vis-à-vis du groupe. Ceci explique ce développement raisonné que j’évoquais en début d’interview.

Ceci clôture notre série de trois articles sur l'arrivée de Cultura à Waterloo. Provisoirement... Tanguy de Ghellinck, blogueur Sudinfo Waterloo

7 commentaires Catégories : Culture et histoire, Dans les quartiers, Entreprendre - Immobilier, Loisirs et temps libre Imprimer

Commentaires

  • VIVEMENT QUE NOUS TROUVIONS UNE OFFRE POUR DES PUBLICATIONS EN ANGLAIS

  • Bonjour Madame Stone,
    Vous trouverez chez Graffiti tout un étage avec des publications en anglais ainsi qu'une en matière de conseil de la part des libraires.
    D'autre part toutes vos commandes éventuelles trouveront une livraison rapide.
    Bien à vous

  • Bonjour,
    Merci pour ce troisième opus qui laisse la voix à chacun des intervenants sauf à celle des commerçants impactés! Ces derniers n'ont pris connaissance de la réunion de l'Observatoire du Commerce qu'après la tenue de celle-ci. Je suis personnellement très attentive aux changements potentiels dans Waterloo, et je n'ai pas vu d'enquête publique dans les dates sus-mentionnées, comment de ce fait réagir?
    Je soutien Madame Reuter, tous les échevins et membres de la Commune pour refuser CATEGORIQUEMENT à cette installation.
    Elle se prêtant non capitaliste, je n'en crois pas un mot étant donné les autres sociétés présentes dans leur porte-feuille! Si une implantation devait se faire, pourquoi ne pas choisir la Zone Commerciale de Gosselies où à part Médiamarkt, aucune autre enseigne ne serait pénalisée?
    Je trouve la concurrence pour les commerces de proximité comme étant une atteinte à leur travail de qualité, bien plus pertinente en matière de conseils, de choix et de personnification que cet industrie de la culture?
    De plus vanter le nombre de CDI (une honte en matière d'emploi de Sécurité Sociale au bénéfice de l'employeur) est une ineptie sociale mais à nouveau capitalistique abradabandesque (tant qu'à utiliser des néologismes... En plus cette rotation ne permettra pas une connaissance approfondie et donc conseils à la clientèle potentielle.
    Si cela peut être une opportunité pour les Académies de Musique et des Arts plastiques et paroles, pourquoi pas, avec une offre relative à ces activités: instruments de musique, articles peinture et librairie spécialisée en partitions...
    Merci Madame Reuter de tenir tête coûte que coûte à cette industrie de la Culture au respect des commerçants de proximité.

  • Madame Wilputte, je comprends votre inquiétude face à l'impact négatif que l'implantation de cette enseigne pourrait avoir sur votre commerce et celui de collègues mais il faut raison garder.
    Quand Mr Loubet dit " Le magasin Cultura de Waterloo, c'est une équipe de 34 collaborateurs en CDI dont 32 à temps plein" et que vous répondez " Je trouve vraiment honteux de vanter l'offre d'emploi de la moitié du personnel en CDI, si cela n'est pas une démarche capitaliste? En plus, une atteinte étrangère à notre Sécurité Sociale...", je ne puis que conclure d'une part que vous lisez très mal et d'autre part que, selon vous, il faudrait interdire aux firmes étrangères de s'installer et de créer de l'emploi en Belgique.Un peu de nationalisme c'est bien mais trop ...is te veel.

  • Bonjour,
    Merci pour votre article qui permet de donner voix à tous les intervenants.
    Les commerçants n'ont pu être présents à la réunion de l'Observatoire du Commerce étant prévenus trop tardivement...
    Attentive à la vie de Waterloo, je n'ai pas été mise au courant de l'Avis d'Enquête Publique, où était-elle annoncée, pas sur le site en tout cas!
    Je suis absolument CONTRE l'emplacement de cette surface "culturelle" qui se veut plutôt capitaliste, étant donné le porte-feuille détenu par cette société.
    Elle présente une concurrence évidente pour les commerces de proximité qui nous offre la qualité de leurs rayons biens fournis et sélectionnés pour la fréquentation, les conseils toujours pertinents et les activités organisées: conférences, ateliers...
    Une meilleur implantation culturelle devrait s'installer sur la zone commerciale de Gosselies dont seul le Médiamarkt (grande chaîne commerciale Allemande, si je ne m'abuse?) est concurrentiel.
    La seule offre pertinente serait d'offrir un espace aux différentes Académies Musique et, Art de la Parole et de l'Image, couplée à une offre de vente d'instruments de musique et de matériels dédiés directement avec les partitions ou indirectement le matériel audio; vente des textes à déclamer ainsi que tout ce qui tient de l'offre pour l'image, livres dédiés. Toutes ces activités couplées à des conférences adaptées. Ce pourrait être aussi une salle de résidence pour les artistes en manquent d'espace pour répéter leur spectacle, espace qu'ils honorent dans des lieux qui sont plus ou moins adaptés.
    En plus de cette idée d'implantation, je déplore vivement le trafic supplémentaire que cela va procurer à la population, avec une Drève Richelle déjà bien surchargée et qui nous impose, pensionné ou autres de ne pouvoir circuler "librement " qu'entre 14 et 17 heure!
    Merci Madame la Bourgmestre pour la pugnacité dont vous faite preuve pour défendre la qualité de vie de Waterloo et ses commerces de proximité.
    D'autre part, je trouve vraiment honteux de vanter l'offre d'emploi de la moitié du personnel en CDI, si cela n'est pas une démarche capitaliste? En plus, une atteinte étrangère à notre Sécurité Sociale pour des sous récoltés qui ne bénéficieront pas à la Belgique!
    Je soutiens pleinement Madame la Bourgmestre Madame Reuter ainsi que tous les échevins.

  • Bravo à Cultura waterloo et le développement de la commune

    Pour les pas content allez vivre au fond d' un bois

    Salutation

  • Cultura est en France une très belle enseigne depuis de nombreuses années qui mérite d'être connue.
    La commune de Waterloo devrait être fière d'avoir été choisie pour leur premier magasin en Belgique !
    Avons nous tellement de boutiques à caractère culturel?
    Une saine concurrence est toujours positive pour les consommateurs ou clients que nous sommes tous.
    Par contre Waterloo n'est-elle pas saturée de ses trop nombreux vendeurs de vêtements qui ouvrent et ferment au fil des années ?

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