Champ de bataille de Waterloo : "C'est comme si on confiait l'exploitation de la tour Eiffel à des Belges !"

Fin des années 1970-début des années 1980, les "brasseries Michiels", comme on les appelait, rencontraient un énorme succès au coeur de Bruxelles

Fils du célèbre tailleur bruxellois Michiels, Albert a commencé sa carrière de restaurateur avec le bistrot La Culotte de boeuf dans les Marolles avant de se lancer dans l'ouverture de multiples brasseries à la parisienne : citons entre autres Le Cheval blanc, Le Saint-Jean-des-prés à Bruxelles (qu'est-ce qu'on les a fréquentés !), Le Dernier tri, le Caraquin du lac en Brabant wallon.

Mais l'ouverture du Saint-Jean-des-prés à New York a hélas sonné le glas des brasseries Michiels, la greffe belge ayant été rejetée par le système et les syndicats américains.

La deuxième vague des brasseries Michiels

Pas découragé, Albert Michiels redémarre en créant la nouvelle société Restauration Nouvelle (RN) qui exploite les brasseries du Prince d'Orange, des Etangs Mellaerts, du Heysel, de la Presse, RN Waterloo (chaussée de Bruxelles 35), etc.

Peu avant le bicentenaire de la bataille de Waterloo en 2015, il se voit attribuer l'exploitation du restaurant Le Bivouac de l'empereur qui occupait l'ancien hôtel du Musée intégralement reconstruit en face de la butte du Lion.

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Des contrats successifs de six mois

"Au moment du bicentenaire, on a eu un contrat d'exploitation d'un an, explique Albert Michiels (72 ans). Ensuite, l'intercommunale Bataille de Waterloo 1815, présidée par Nathalie du Parc, l'a prolongé de six mois en six mois car elle était pressée de vendre la gestion du site de la bataille et du restaurant. Or, il n'est guère aisé de gérer un tel établissement qui occupe 25 employés en été mais seulement cinq en hiver. Notre carte proposait des boulettes à la sauce tomate, du filet américain, des fish and chips, ... On louait aussi très bien nos salles à l'étage pour des réunions et des événements."

Mais Restauration nouvelle a dû fermer la brasserie le 7 janvier 2019 et le dernier événement privé a eu lieu le 9 janvier : la fête du nouvel an du personnel communal de Waterloo (voir article ici). Les clés ont en effet été remise à l'opérateur français Kléber Rossillon qui a remporté l'appel d'offres européen pour la gestion immobilière et l'exploitation touristique et commerciale du site historique de la bataille de Waterloo (voir article ici).

"Les touristes ne pouvaient plus boire un café"

"On a proposé de travailler avec eux mais Kléber Rossillon annonçait qu'il allait faire beaucoup mieux, poursuit Albert Michiels. Le Bivouac de l'empereur est ensuite resté fermé pendant plusieurs mois pour transformations. Il n'était plus possible pour les touristes de boire un café au pied du Lion. Incroyable !"

Déçu et indigné

Albert Michiels d-20150826-3C5VUN.jpgMais, plus que le business, c'est tout autre chose qui révolte le bouillant Albert Michiels : "Je suis vraiment déçu par le  fait que la Belgique a concédé l'exploitation du champ de bataille de Waterloo à des étrangers. Le patrimoine de la Belgique doit être géré par des Belges. Je ne peux pas comprendre que les bourgmestres de Braine-l'Alleud et de Waterloo ont laissé partir l'exploitation du site dans les mains d'un opérateur français alors que la Belgique ne garde pas de bons souvenirs économiques des entreprises françaises. C'est comme si on confiait l'exploitation de la tour Eiffel à des Belges !" 

Même si les faits et les compétences évoqués par le fondateur de Restauration nouvelle sont parfois un peu imprécis, il tenait à exprimer son avis. Tanguy de Ghellinck, blogueur Sudinfo Waterloo

6 commentaires Catégories : Bataille de Waterloo, Entreprendre - Immobilier, Loisirs et temps libre Imprimer

Commentaires

  • Entierement d'accord avec Albert Michiels, j'ai pas compris pourquoi une gestion française.

  • Bonjour à Tous et à Toutes,
    Je respecte les avis qui peuvent être exprimés, cela étant je m’insurge lorsque l’on affirme que la Belgique « ne garde pas de bons souvenirs économiques des entreprises françaises… »
    Pour le choix de l’Opérateur, il s’agit d’une décision émanant des Autorités régionales et provinciales, les dossiers des Candidats (Belges et Français) ont fait l’objet d’études et d’analyses approfondies. Il y a lieu de respecter la procédure et la décision du Conseil d’Administration de l’Intercommunale Bataille de Waterloo 1815 qui a décidé d'attribuer la concession à une société Française à ce titre.
    Pourquoi l’expression d’un protectionnisme exacerbé ? L’histoire de Waterloo est une histoire Européenne et la gestion de son site se doit d’être confié au plus compétent, à Celui qui a présenté le projet le plus porteur afin d’assurer, à terme, une gestion optimale de ce fabuleux Site.
    Le Groupe Kléber Rossillon assure la gestion d’une dizaine de sites historiques et touristiques, son expertise et son professionnalisme sont démontrés depuis deux décennies…Quel est le problème ? Une société française ?
    Notre histoire avec la France est commune et extrêmement riche, nous avons une culture commune et nous avons tissés des puissants liens économiques, culturels, …nous avons, au fil du temps, mis en place de multiples partenariats, des synergies diverses dans de nombreux secteurs avec nos amis Français…
    Le monde des médias, des entreprises, est mixte, combien de nos Compatriotes ne travaillent-Ils pas avec des sociétés Françaises et réciproquement ?
    Le site du Mémorial de Waterloo est un merveilleux site, qu’une société Belge ou Française l’exploite, peu importe, du moment que l’on apporte une valeur ajoutée au site et que l’entreprise ne vise pas uniquement un projet économique… Je n’ai pas d’intérêt à défendre la Société Kléber Rossillon, je constate seulement que depuis avril 2019 cette Société a mis tout en place pour assurer une gestion optimale du Site, qu’elle a déjà offert des spectacles à titre gratuit (Ferme d’Hougoumont) et que nous nous devons de leur faire confiance et de respecter la décision de nos Autorités pour le choix de cet Opérateur... "Français".
    Merci.

  • je pense que la deuxième personne ne connaît absolument pas la façon de gérer de la plupart des firmes françaises. c'est un constat provenant d'une longue expérience .
    personnellement je reste dubitatif - après un an nous verrons bien
    MD

  • Je crains que M. Michiels se trompe de cible. Il semble aussi qu'il soit ignorant des réalités.

    En effet, Les renouvellements de 6 mois en 6 mois sont le fait de la région wallonne -en gros- et pour des raisons variées qui lui appartiennent, et à elle seule.

    Ensuite, il est important de savoir que les nouveaux repreneurs ( Kléber Rossillon) n'ont reçu les clefs du site qu'en début avril , soit 4 mois en retard, avec tout et les bâtiments dans l'état. A leur charge de se débrouiller pour assumer l'ouverture de la saison touristique qui arrivait sans délai. Pas trop mal réussi il me semble.

    N'en déplaise aux râleurs, en quelques mois, KR Waterloo a ranimé le site. C'est à suivre, c'est évident, mais ce sont les meilleurs repreneurs et les plus prometteurs, d'aussi loin que remonte ma mémoire, vivant à Waterloo depuis 30 ans. Si on leur a confié le site c'est certainement qu'ils avaient aussi le meilleur dossier (je le tiens de source sure) . Et ils le prouvent!...

    Enfin, pour clôturer, étant moi-même Français d'origine avec la double-nationalité franco-belge, je m'étonne de ces propos xénophobes que je n'avais jamais -au grand jamais- entendu en Belgique auparavant et qui deviennent récurrents en ces pages . Pathétique et désolant … Qu'y a-t-il là derrière? ...

  • Après lecture de l'article et des réactions, je suis partagé.

    Mais à priori, je partage l'avis du restaurateur.

    N'oublions pas que le gouvernement Français s'était opposé à l'émmission de pièces de 2 euros avec la butte du Lion au verso pour le bicentenaire de 2015.

    Je suis également d'avis qu'un opérateur belge devrait avoir priorité sur un opérateur étranger, quelle que soit sa nationalité. Je me demande que seraient les réactions en France si un groupe Belge recevait l'exploitation de la Tour Eiffel ou du Mont St Michel...

    Mais LA question que je me pose est la suivante.

    Le site a jusqu'à fin 2018, été géré par l'asbl Waterloo 1815. Pourquoi fallait-il absolument passer cette gérence à un groupe externe? Pourquoi l'asbl Waterloo 1815 ne pouvait-elle pas continuer de gérer le site? Après-tout, le bicentenaire de 2015 a été plutôt bien géré.

    David Ullens

  • Avec l'introduction de l'euro, beaucoup de gens semblent oublier les punitions encourues autrefois par ceux tentant de mettre en circulation de fausses pièces de monnaie et de faux billets. Qu'en est-il de la pièce de 2 euros:
    "La pièce « européenne » de 2 euros (c-à-d pouvant circuler dans la zone euro) est
    la seule pouvant être frappée en version commémorative, à condition qu'elle
    satisfasse à la réglementation européenne. Indépendamment des caractéristiques
    techniques et d'une face « européenne » identique dans tous les pays de la zone
    euro (la seule face indiquant la valeur de la pièce), qu'en est-il de la face
    « nationale » ? Celle-ci doit respecter une recommandation de la Commission
    européenne (2005/491/CE):
    « Les caractéristiques des dessins nationaux constituent dans une certaine
    mesure une question d'intérêt commun » (Considérant n° 10)
    « Les États membres devraient s'informer mutuellement des nouvelles faces
    nationales avant de prendre une décision définitive... A cette fin, l'État
    membre émetteur devrait communiquer les nouveaux dessins à la
    Commission, qui en informera sans délai les autres États membres par
    l'intermédiaire du sous-comité ... » (Article 3)
    Concernant la face « nationale » de la pièce de 2 euros (avec la butte et
    le Lion), la France semble avoir suivi la procédure habituelle: elle fut consultée via
    ce sous-comité et son avis (mitigé, il faut le reconnaître) fut partagé par de
    nombreux États membres. Fin décembre 2014, 183 types de pièces
    commémoratives de 2 euros avaient déjà été frappées (Luxembourg et Finlande:
    16; Italie: 15; Belgique, Allemagne et Saint-Marin: 13; Vatican: 12;etc.) et la
    Belgique connaissait la procédure à suivre."
    Il convient d'ailleurs, à ce sujet, de noter une certaine réticence de la France à
    participer aux reconstitutions de batailles napoléoniennes, comme par exemple
    celle d'Austerlitz (pourtant considérée comme le chef-d'oeuvre tactique de
    Napoléon). Sans doute, existe-t-il un consensus pour éviter les sujets pouvant
    heurter certaines susceptibilités. Il en va également ainsi avec les fêtes nationales:
    alors que chaque État membre peut chez lui choisir la date qui lui convient, une
    date neutre fut choisie au niveau européen (le 9 mai, « Saint-Schuman »).

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