Témoignage d'une aide-soignante en maison de repos : "On travaille avec la trouille au ventre !"

Depuis quelques jours, la Belgique a l'air de prendre subitement conscience que le coronavirus se propage dans les maisons de repos

Ce damné virus contamine bien sûr le public fragile que sont les résidents âgés des maisons de repos et de soins (MRS) mais menace aussi le personnel soignant.

En sous-effectif chronique depuis des années, le personnel des maisons de repos et de soins est en outre confronté au manque d'équipements de protection.

C'est pourquoi nous relatons ici le témoignage poignant, lucide et réaliste d'Aline (prénom d'emprunt à sa demande), courageuse aide-soignante habitant à Waterloo mais prestant dans une MRS située dans une autre commune.

"Je travaille en maison de repos où les masques FFP2 sont rares. Nous avons reçu moins d’une centaine de masques pour faire face à l’épidémie. On utilise donc des masques chirurgicaux pour économiser les FFP2 et les garder quand c’est vraiment indispensable. Il faut savoir qu’un masque chirurgical a une durée de vie recommandée de 4 heures et que nous, pour les économiser, en utilisons un seul par journée de travail. Voilà notre réalité de terrain.

Nous avons des cas positifs tant parmi nos résidents que parmi mes collègues. On travaille avec la trouille au ventre. Il y a quelques jours, après mon travail dans la maison de repos, j’ai dû m’arrêter sur le chemin tellement je pleurais. Toujours pas de dépistage massif dans les MRS alors que ce serait plus facile tant pour le personnel que pour nos résidents de savoir qui est positif ou non.

On a choisi notre métier, c’est vrai, et on le fait avec le coeur. Mais on n’a pas choisi de risquer sa vie ni celle de nos proches par manque de volonté politique pour nous donner les moyens de soigner la population en toute sécurité. Quand cette crise du coronavirus sera passée et que nous descendrons dans la rue pour crier toute cette colère qui gronde en nous depuis plusieurs semaines, j'espère que les Belges se souviendront de leurs héros et seront à nos côtés dans la rue pour nous soutenir.

Ce qui est révoltant, c’est que les maisons de repos sont les laissées-pour-compte des soins de santé et et que leur personnel est considéré comme de la chair à canon. Une aide-soignante est décédée dans une maison de repos à Mouscron. Quel journal en a parlé ? Cela ajoute au fait que le personnel soignant des MRS se sent abandonné. D'un autre côté, la pauvre infirmière flamande qui a perdu la vie dans un hôpital a fait les titres des journaux. 

Chez nous, il y a beaucoup de tension car la crise est dure à encaisser. Notre équipe est bien soudée et se sert les coudes même si de nombreuses questions restent toujours sans réponses : p. ex. quand y aura-t-il un dépistage massif des résidents et du personnel dans les MRS ? Ça nous permettrait d’isoler les cas positifs, de les rassembler pour pouvoir mieux nous organiser.

En ce qui me concerne, le plus dur, c’est la charge mentale liée à la propagation du Covid-19. En tant que soignant, il faut en permanence réfléchir à ses gestes pour "éviter d’en mettre partout". Pour m’aider, je visualise le virus sous forme de paillettes que je ne dois déposer nulle part. Se protéger soi-même et protéger les autres sans relâche, c’est épuisant au bout de la journée."

Devant votre courage, votre conscience professionnelle, votre abnégation et votre persévérance, il n'y a pas assez de mots, Madame, pour exprimer notre respect et notre reconnaissance, pour vous soutenir de toutes nos forces et vous remercier infiniment. Tanguy de Ghellinck, blogueur Sudinfo Waterloo

4 commentaires Catégories : Société - Mobilité - Humanitaire, WIP - Waterloo's Important Persons Imprimer

Commentaires

  • JE comprends le désarroi de cette dame, j’espère que les autorités prennent conscience de leur responsabilité et vont agir efficacement, pas avec des masques non conformes...
    Je pense également aux personnes placées et à leurs familles .
    Ce n’est pas suffisant d’applaudir !
    Courage Madame.

  • Qd L. Onkelinx a devancé le H1N1 elle s'est pris les foudres de Pierre Paul et Jacques, alors qu'elle ne faisait que correctement son job. Elle prévoyait, défendait les soins de santé, le personnel soignants et par ricochet les citoyens.

    Qd M. B. a repris ce portefeuille, je me suis toujours demandé ce qu'elle faisait là.
    Elle a toujours fonctionné comme une banquière.
    Suppression de postes, suppression de lits, suppression de commande de masques, suppression de ceci, suppression de cela … etc.. etc..
    Elle est censé être ministre de la santé.
    Il faudrait le lui remémorer avec une bonne piqûre de rappel ;-)

  • Je suis une personne de 80 ans qui allait faire de la danse de salon au Gibloux et bien sûr je ne sais plus en faire pour le moment mais cela n'est pas le plus important pour moi mais bien que les personnes du CPAS soient bien soignées et je dis bravo au personnel soignant et à Mr Verdin qui gère cela très bien car la danse reviendra et je me rends bien compte de la chance que j'ai de pouvoir encore danser à mon âge avancé et que j'ai pu fêter mon anniversaire au mois de janvier passé avec toute ma famille et mes amis,.. l'espoir ne fait il pas vivre ? alors courage à tous.

  • Ces personnes, en contact avec d'autres malades, sont vraiment les héros et héroïnes de l'ombre ! Et en plus s'ils rentrent le soir retrouver leur famille ! Quand d'autres se demandent quand ils pourront faire des "barbecues-party", aller écouter des chanteurs ou partir en vacances ! L'inconscience de beaucoup m'inquiète et je crains vraiment un "rebond" et dire qu'il faudra mettre sa propre vie et sa famille en péril quand ces inconscients tomberont malades !
    Il faudrait qu'ils paient une assurance spéciale en fonction des activités reprises (hors travail évidemment) comme quand on se livre à un sport à risque.

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